Numérotation

Numérotation des feuilles de l’atlas des carrières #

« 66X », « 313bis », « 34-48/49 », la numérotation des feuilles des différentes version de l’atlas des carrières paraît quelque peu ésotérique. Pour en comprendre la logique, ou plutôt les logiques, il faut savoir qu’il n’y a pas un atlas des carrières mais trois.

Atlas de Fourcy #

La première cartographie générale des carrières souterraines de Paris est éditée à partir de l’exposition universelle de 1855. Intitulée « Atlas souterrain de la Ville de Paris », elle est aujourd’hui communément dénommé « Atlas de Fourcy ». Ses feuilles sont numérotées selon un système centrifuge. La capitale est divisée en quatre par un méridien (celui de Paris) et un parallèle se croisant à l’Observatoire. Dans chaque quart, les feuilles sont désignées par des coordonnées nord-sud et est-ouest croissantes en s’éloignant du centre.

Ce système a l’avantage de pouvoir s’étendre indéfiniment. En revanche, il a l’inconvénient de désigner plusieurs feuilles par les mêmes coordonnées. L’atlas comporte par exemple quatre feuilles « 1-1 » et trois feuilles « 1-2 ». Pour lever toute ambiguïté, leurs coordonnées sont préfixées par la région dans laquelle elles se trouvent : « S.E. 1-1. », « N.O 1-2 ». Très complexes pour seulement dix-sept feuilles, ces numéros sont doublés par ceux des pages qui sont bien plus pratiques.

En 1860, l’annexion par Paris de ses faubourgs élargit considérablement le périmètre de la capitale. À peine édité, l’atlas de Fourcy est déjà dépassé. Un travail de mise à jour est entamé. Connu sous le nom de l’« atlas de 1885 », il reste inachevé et ne fera, semble-t-il, l’objet d’aucune diffusion.

Atlas de Paris #

À partir de 1894 paraissent les premières feuilles d’un tout nouvel atlas. Dénommé « Atlas des carrières souterraines de Paris », il en comptera une centaine et couvrira toutes les carrières situées dans l’enceinte de Thiers. L’échelle (le millième) est conservée mais la surface représentée sur chaque feuille est réduite (24 hectares au lieu de 60) et la légende est entièrement revue.

La surface de Paris est divisée en rectangles, numérotés de 1 à 329 dans le sens de la lecture. Seuls ceux comprenant des carrières feront l’objet de l’édition d’une feuille. Par souci d’économie, la surface sous-minée de certains rectangles presque vides de carrières est rattachée à la feuille adjacente. Celle-ci prend alors un numéro double, comme par exemple la « 190-209 ».

La numérotation a cette fois le mérite d’être simple tout en permettant d’éventuels ajouts dans le Paris intra-muros. Cependant, dès 1908, une feuille imprévue est créée. À l’est de la « 329 » elle prend naturellement le numéro « 330 ». En 1917, la division de la grande feuille « 46 » donne naissance à la « 46bis ». Dans les années trente, des numéros sont déplacés depuis des zones sans carrières vers de nouveaux secteurs à cartographier : le « 275 » initialement porte d’Issy migre au cimetière de Saint-Mandé tandis que le « 324 » abandonne la porte de Vitry pour celle d’Orléans.

Atlas du département #

À la sortie de la seconde guerre mondiale, deux nouvelles feuilles « bis » concernant le bois de Vincennes sont ajoutées. Mais bientôt, les « bis » et les déplacements de numéros ne vont plus suffire pour faire face à l’agrandissement de l’atlas. Car, à partir de 1946, c’est l’ensemble du département de la Seine qui va devoir être cartographié par l’Inspection. Pour éviter une renumérotation complète, l’atlas de Paris est conservé tel quel et un « Atlas des carrières souterraines du département » lui est associé. Ce dernier comprendra toutes les feuilles qui n’entrent pas dans le premier.

Le département est divisé en rectangles de cinq par cinq feuilles (soit trois kilomètres par deux), numérotés de 1 à 104 dans le sens de la lecture. Dans chaque rectangle, les vingt-cinq feuilles sont numérotées de A à Y, toujours dans le sens de la lecture. Le numéro final est obtenu en accolant la lettre au le nombre : « 50 G », « 63 Q ». Les quelques feuilles à cheval sur deux positions comportent deux lettres : « 50 NS », « 43 MR ».

Ne se distinguant que par leur titre et leur numéro, les feuilles des deux atlas se confondent facilement. De leur superposition résulte une impression d’anarchie dans la numérotation. La feuille « 63X » est par exemple bordée au sud par la « 72D » et au nord par la « 324 ». La carrière dite de la « Brasserie » sous le bois de Vincennes est à cheval sur les feuilles « 314bis » et « 66K ». La feuille « 314 » se trouve, quant à elle, dans le quartier de la Gare.

Atlas actuel #

En 1968, la Seine et la Seine-et-Oise font place à six nouveaux départements. L’Inspection Général des Carrières est désormais en charge de quatre d’entre eux : Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, soit une quarantaine de communes supplémentaires.

Cette fois, un nouvel atlas va remplacer les deux précédent : l’« Atlas des Carrières Souterraines de Paris, des Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val de Marne ». Ses feuilles ne sont plus numérotés comme les précédentes, dans le sens de la lecture mais à l’aide de deux coordonnées.

La région est inscrite dans un carré de trente-six kilomètres de côté, divisé en quatre-vingt-dix feuilles du nord au sud et soixante d’ouest en est. Chaque feuille est désignée par deux numéros. Le premier est sa position sur l’axe ouest-est et le second celle sur l’axe nord-sud. Cela donne par exemple « 9-36 », « 20-42 » ou « 25-51 ». Les feuilles à cheval sont numérotées avec une cooordonnée doublée comme la « 18/19-40 » ou la « 36-42/43 ».

Avec ce système bien plus rationnel que le précédent, il est aisé de naviguer d’une feuille à l’autre. L’ajout de nouvelles feuilles est facile tant qu’elles s’inscrivent dans le carré de trente-six kilomètres de côté. En revanche, une extension de l’atlas vers le nord ou vers l’ouest ne serait possible qu’en utilisant des coordonnées négatives. De tous les systèmes de numérotation utilisés, le seul qui fut capable de gérer les extensions indéfiniment était le tout premier, celui de l’atlas de Fourcy.

Les feuilles que l’on peut consulter dans les différentes archives et collections proviennent donc de trois atlas : celui de Paris avec ses numéros à deux ou trois chiffres, celui du département de la Seine et ses numéros avec lettre, et enfin l’atlas actuel avec ses deux coordonnées. Aucune logique ne permet de faire la correspondance entre anciens et nouveaux numéros. Il faut se référer aux tableaux d’assemblages ou aux mentions sur les feuilles pour cela.


Ressources en ligne #

Tableau d’assemblage de l’atlas de Paris (1895) : Bibliothhèque Historique de la Ville de Paris

Tableau d’assemblage de l’atlas de Paris (1946) : Musée Carnavalet

Tableau d’assemblage de l’atlas du Département (1962) : Archives départementales des Hauts-de-Seine

Tableau d’assemblage de l’atlas actuel (1976) : Musée Carnavalet